Comprendre avant d'agir

L'accessibilité numérique, une condition d'accès à l'information

Pour 12 millions de personnes en France vivant avec un handicap, un site web mal conçu n'est pas inconfortable : il est inaccessible. C'est ce sujet, central, que cette page explique en clair.

Chiffres clés sur le handicap en France

Personnes en France vivant avec un handicap
12 millions de personnes en France vivent avec un handicap

DREES, 2024

Population concernée par un handicap
18 % de la population concernée par un handicap, visible ou non

DREES, 2024

Handicaps invisibles
80 % des handicaps sont invisibles, non détectables au premier regard

OMS

Sites web français pleinement accessibles
moins de 10 % des sites web français pleinement accessibles en 2024

Févad, 2024

Le cadre fondamental

Quatre principes : POUR

Toutes les règles d'accessibilité numérique reposent sur quatre principes posés par la norme internationale WCAG. Ces principes forment l'acronyme mnémotechnique POUR : Perceptible, Opérable, c'est-à-dire utilisable, Understandable, c'est à faire compréhensible, et Robuste. Un site est accessible quand il respecte ces quatre exigences, dans cet ordre.

  1. P

    Perceptible

    Les contenus peuvent être perçus par tous les sens. Une image a une description textuelle pour les personnes qui ne la voient pas. Une vidéo a des sous-titres pour les personnes qui ne l'entendent pas. Le texte se distingue clairement du fond pour les personnes malvoyantes ou daltoniennes.

  2. U

    Utilisable (en anglais : Operable)

    Toutes les fonctionnalités sont accessibles à tous, quelle que soit la façon de naviguer. Un menu doit s'utiliser au clavier comme à la souris. Une fonctionnalité doit fonctionner avec un lecteur d'écran, un logiciel d'agrandissement, une plage braille ou la commande vocale.

  3. C

    Compréhensible (en anglais : Understandable)

    Les contenus sont lisibles et la navigation prévisible. Le langage est clair, les sigles explicités, les pages organisées de la même manière dans tout le site. Les formulaires aident à corriger les erreurs plutôt que de simplement les signaler.

  4. R

    Robuste

    Le code est suffisamment propre et standard pour être interprété par toutes les technologies d'assistance, actuelles et futures. Un site qui ne fonctionne qu'avec un navigateur récent et une souris exclut une partie du public durablement.

La priorité de l'accessibilité

Les handicaps que l'accessibilité concerne

Voici les principaux handicaps permanents auxquels l'accessibilité numérique répond, et ce qu'ils changent concrètement dans l'usage d'un site web. La liste n'est ni exhaustive ni médicale : elle décrit les conséquences pratiques, celles qui guident la conception d'un site accessible.

Ces limitations ne sont pas vécues passivement. Les personnes concernées développent leurs propres stratégies : agrandir le texte dans le navigateur, activer les sous-titres par défaut, naviguer uniquement au clavier, utiliser une application de prise de notes pour compenser une mémoire défaillante.

Ces stratégies ont un nom : les stratégies adaptatives. Elles s'appuient sur des technologies d'assistance comme un lecteur d'écran, un logiciel de grossissement, un commutateur, ou encore une plage braille. Concevoir un site accessible, c'est faire en sorte que ces stratégies fonctionnent, pas les contourner.

Handicaps visuels

Cécité totale, malvoyance, daltonisme

Une personne aveugle utilise un logiciel de lecture d'écran qui lit le contenu à voix haute, dans l'ordre du code source. Sans description sur les images, sans intitulé sur les boutons et sans hiérarchie de titres, le contenu lui est inaccessible.

Une personne malvoyante zoome sur la page. Si le site déborde ou se désorganise au zoom, elle ne peut plus lire. Une personne daltonienne ne perçoit pas certaines couleurs. Si une information passe uniquement par la couleur, comme un statut indiqué en rouge ou en vert, elle est perdue.

Handicaps moteurs

Paralysie, tremblements, motricité fine réduite

La souris est parfois impossible à utiliser. La navigation se fait alors au clavier, à la voix, ou via un commutateur, un dispositif unique, comme un bouton à la tête ou au pied, qui pilote l'ordinateur tout entier.

Chaque fonctionnalité doit être atteignable et utilisable sans souris : menu déroulant, formulaire, glisser-déposer, action au survol. Les zones cliquables doivent être suffisamment grandes pour des gestes imprécis.

Handicaps auditifs

Surdité, malentendance

Une vidéo sans sous-titres ou un message audio sans transcription est entièrement inaccessible aux personnes sourdes. Pour elles, le contenu textuel n'est pas une option de confort : c'est la seule voie d'accès à l'information. Les podcasts, les vidéos institutionnelles, les messages d'attente téléphonique numérisés, tous doivent avoir une alternative écrite.

Troubles neurologiques

Dyslexie, autisme, TDAH, troubles cognitifs, troubles psychiques

Une personne dyslexique a besoin de paragraphes courts, d'une typographie lisible et d'une structure claire. Une personne autiste peut être perturbée par les animations, les notifications inattendues ou les changements brusques de contexte. Une personne avec un TDAH décroche face à une page surchargée ou à des distractions visuelles.

La clarté du langage, la régularité de la navigation et la prévisibilité des interactions ne sont pas un choix de style. Pour ces utilisateurs, ce sont des conditions d'accès.

Épilepsie photosensible

Sensibilité aux contenus clignotants ou animés

En France, plus de 685 000 personnes vivent avec une épilepsie traitée (Santé publique France, 2020). Une partie d'entre elles est photosensible : un contenu qui clignote rapidement, comme une animation, un GIF, une vidéo aux transitions vives ou une bannière publicitaire, peut déclencher une crise.

Le RGAA encadre strictement les contenus animés : pas plus de trois clignotements par seconde, et toujours une possibilité de mettre en pause. Un site accessible ne fait jamais clignoter sans contrôle.

Handicaps multiples

Combinaison de plusieurs handicaps

Beaucoup de personnes vivent avec plusieurs handicaps simultanés. Surdicécité, handicap moteur associé à un trouble cognitif, malvoyance avec atteinte motrice liée à l'âge. Ces situations cumulent les besoins : un site accessible doit répondre à toutes ces dimensions à la fois, sans contradiction entre elles.

Un enjeu démographique majeur

Le vieillissement de la population

Avec l'âge, les besoins d'accessibilité augmentent : presbytie, baisse d'audition, motricité fine réduite, fatigue cognitive. Ce ne sont pas des handicaps déclarés, mais des limitations fonctionnelles qui rendent les mêmes solutions techniques nécessaires.

21%

de la population française a 65 ans ou plus en 2024, soit plus d'une personne sur cinq.

29%

le seraient en 2070 dans le scénario central de l'INSEE, soit près d'une personne sur trois.

2,8M

de seniors en perte d'autonomie attendus en 2050, contre 2 millions aujourd'hui.

Concevoir un site accessible aujourd'hui, c'est concevoir un site qui restera utilisable par ses propres utilisateurs dans quelques années. Pour un service public, dont la durée de vie se compte en décennies, l'enjeu est structurel.

Sources : INSEE, scénario central de projections de population à l'horizon 2070 · INSEE Première n° 2078, mai 2025, projections Omphale 2022.

Des besoins partagés

Les mêmes solutions servent aussi dans la vie quotidienne

Les besoins d'accessibilité ne sont pas réservés aux personnes en situation de handicap permanent. Ce que l'accessibilité résout pour elles, elle le résout aussi pour tout le monde dans des situations temporaires ou contextuelles. Voici quelques exemples concrets, qui aident à comprendre pourquoi ces solutions ont une utilité plus large.

  • Bras cassé ou opéré

    Pendant plusieurs semaines, la navigation se fait à une main. La même conception qui sert aux personnes avec un handicap moteur sert ici.

  • Environnement bruyant

    Dans les transports ou un lieu public, les sous-titres deviennent indispensables. Ceux conçus pour les personnes sourdes servent à tout le monde.

  • Soleil dans les yeux

    Texte gris clair sur fond blanc, illisible en plein soleil. Le contraste élevé conçu pour les personnes malvoyantes profite à tous, en extérieur.

  • Migraine ou fatigue oculaire

    Sensibilité passagère aux animations et aux clignotements. Les règles pensées pour les personnes épileptiques évitent ces désagréments.

  • Connexion limitée

    En zone rurale ou sur 3G, les pages surchargées de vidéos et d'images lourdes deviennent inaccessibles ou trop coûteuses à charger.

  • Apprenti francophone

    Une personne qui apprend le français a besoin d'un langage clair, d'une structure simple et d'une navigation prévisible. Mêmes besoins que pour les troubles cognitifs.

Concevoir pour le handicap, c'est aussi concevoir pour ces situations. C'est ce qu'on appelle l'effet de bord positif de l'accessibilité : ce qui aide les uns aide tout le monde, sans rien retirer à personne.

Votre site public est concerné

Voici par où commencer.

Vous n'avez pas besoin de tout traiter d'un coup. Certains points peuvent être corrigés aujourd'hui par votre équipe, d'autres sont à confier à votre prestataire.

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